Quand l’émotion s’invite au travail : apprendre à la traverser plutôt qu’à la cacher

Les émotions font partie intégrante du travail en petite enfance : fatigue, stress, joie, frustration, surcharge… Elles ne sont ni un signe de faiblesse, ni un dysfonctionnement : elles sont des signaux essentiels. Cet article propose une approche simple et éclairée par les neurosciences pour mieux comprendre ce qui se joue lorsque l’émotion s’invite dans le quotidien professionnel. Plutôt que chercher à la cacher, la contrôler ou la minimiser, il s’agit d’apprendre à la reconnaître, la nommer et la réguler — pour soi, pour l’équipe et pour les enfants. Une hygiène émotionnelle saine soutient la coopération, prévient l’épuisement et renforce la qualité d’accueil. Cet article s’adresse aux professionnel·les et responsables d’EAJE qui souhaitent développer une culture de travail plus sereine, respectueuse et sécurisante

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Dans les métiers de la petite enfance, les émotions sont des compagnes constantes : la joie d’un premier sourire, le stress d’un imprévu, la frustration d’une journée bien remplie, et cette tendresse silencieuse face aux progrès d’un tout petit.

Ces émotions ne sont pas un obstacle : elles font partie intégrante de la relation éducative.

Pourtant, beaucoup de professionnelles, poussées par une culture du “tenir bon”, minimisent ce qu’elles ressentent, esquivent la question “ça va ?”, et préfèrent répondre “tout va bien” par politesse ou habitude.

3.Prendre soin de soi pour mieux accompagner l’enfant

Prendre soin des enfants suppose aussi de prendre soin de soi.

Lorsque l’adulte ignore ses émotions (fatigue, agacement, surcharge) elles finissent par ressortir autrement : tension, irritabilité, distance relationnelle. Reconnaître ce que l’on ressent, le nommer, demander du soutien lorsque c’est nécessaire : ce ne sont pas des signes de faiblesse, mais de professionnalisme.

Et cela compte pour l’enfant.

Un jeune enfant apprend à réguler ses émotions… en observant celles des adultes qui l’entourent. Quand une professionnelle dit calmement :

« Je me sens agacé, je vais respirer un instant », elle montre à l’enfant qu’une émotion peut être ressentie, comprise, puis apaisée ... sans crier, sans culpabilité et sans s’ignorer soi-même.

Un adulte qui sait accueillir et verbaliser ses ressentis offre ainsi un modèle de sécurité intérieure.

Dans un lieu d’accueil, cela se traduit par un climat plus serein : les enfants perçoivent la stabilité émotionnelle autour d’eux, se sentent en confiance… et peuvent jouer, explorer et s’attacher plus librement.

En pratique :

  • Demander un relais, un moment de pause, ou un soutien directement : “J’ai besoin d’un instant, est-ce que tu peux … ?”

  • Partager ses émotions avec une collègue de confiance ou un cadre de supervision

  • Prévoir des moments de “régénération” dans la journée (micro-pauses, mini-méditations, activités extérieur, lumière naturelle)

1. Identifier avant de réguler : une étape parfois négligée

On ne peut pas réguler efficacement une émotion qu’on n’a pas reconnue.

C’est comme vouloir naviguer sans avoir repéré la vague.

Dans un contexte professionnel, la pudeur, la peur du jugement ou l’habitude de “faire avec” poussent parfois les professionnelles à se déconnecter de leur propre vécu émotionnel.

Nommer une émotion “Je me sens tendue ce matin”, “Je suis un peu à bout”, “Je suis contrariée” c’est poser des mots simple mais important : recréer la connexion avec soi.

Les neurosciences confirment cette importance : des chercheurs comme Lieberman ont montré que verbaliser une émotion active le cortex préfrontal, la partie du cerveau responsable du raisonnement, et diminue l’activité de l’amygdale, le centre d’alerte émotionnelle, permettant ainsi un apaisement biologique.

En pratique :

  • Avant une réunion, prendre 1 minute pour identifier ce que l’on ressent

  • Lors d’un moment calme, dire à soi-même à haute voix : « je me sens … » pour écouter sans jugement

  • Tenir un “journal émotionnel” simple (quelques mots par jour), même si ce n’est que quelques lignes

2. Comprendre la régulation émotionnelle

Réguler ne signifie pas bloquer ou supprimer l’émotion.

Cela consiste à l’accueillir, à la comprendre, puis à choisir comment répondre.

Les émotions naissent souvent dans le cerveau limbique (très rapide, instinctif) et sont modulées ensuite par le cortex préfrontal, qui nous permet de prendre du recul et d'adapter notre réaction.

Chez les enfants, cette régulation n'est pas encore mature ; chez les adultes, elle l’est, mais peut être submergée par la charge mentale, la fatigue ou le stress constant.

Reconnaître ses propres signes de surcharge émotionnelle (tension musculaire, irritabilité, baisse de patience, respiration rapide) est une compétence à développer. Cela permet d’intervenir avant que l’émotion ne prenne le dessus.

En pratique :

  • Observer son corps : ressentir la tension dans les épaules, la mâchoire

  • Pratiquer des respirations conscientes (par exemple : inspiration 4 temps, expiration 6 temps)

  • Se fixer un “signal d’alerte” personnel : un mot, une image, ou un geste qui rappelle de ralentir

🌿 « La régulation, ce n’est pas refouler : c’est permettre à l’émotion de s'exprimer, sans que l’on soit emporté»

Pour conclure :

Pourquoi ce travail émotionnel change tout

En prenant au sérieux nos émotions, nous transformons notre posture professionnelle. Nous ne sommes plus des “machines” qui encaissent, mais des êtres sensibles, conscients et réactifs. Cela influence grandement notre environnement de travail : la qualité des liens, la collaboration, la bienveillance partagée.

Et cette transformation ne reste pas entre adultes : elle irrigue la relation avec les enfants. Un adulte qui sait se réguler transmet cette capacité, non par un cours, mais par l’imitation, la sécurité et la cohérence.

💬 « Quand on ne nomme pas ce que l’on ressent, on laisse l’émotion devenir une ombre »

🌿 “Me protéger émotionnellement, c’est aussi protéger ceux que j’accompagne”

🌿 « Mettre des mots sur une émotion, c’est déjà commencer à s’apaiser»

💫 Galaxie Pitchoun — pour des pratiques éclairées, au service du bien-être des tout-petits et de ceux qui les accompagnent

by Pauline Bersier